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L'Europe Française de deGaulle

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L'Europe Française de deGaulle

Message par maxi le Mar 15 Avr - 19:36


Les traités européens se sont faits sans de Gaulle,
et malgré de Gaulle

une analyse par UPR (Voir leur Dossier)


Le Général deGaulle et le Chancelier Adenauer




Rappelons tout d’abord une donnée historique, que trop de gens perdent de vue :

Charles de Gaulle fut à l’écart du pouvoir de 1946 à 1958.

C'est-à-dire pendant les douze années fatidiques où se mirent en place les institutions européennes et où l'on martela à l’opinion l’idée que la construction européenne était aussi souhaitable qu’inéluctable. Pendant toute cette période, le chef de la France
Libre ne fut mêlé ni de près ni de loin aux négociations qui conduisirent au traité CECA (1951), au traité EURATOM (1957), non plus qu’au traité de Rome (1957).

D’ailleurs, tous ces traités furent négociés et signés par les responsables politiques mêmes qu'il passait son temps à combattre : Jean Monnet, dont il savait qu'il était l’homme des Américains ; Robert Schuman, auquel il avait épargné, en 1945, la sanction infâmante de « l’indignité nationale » qui le menaçait du fait de sa participation au premier gouvernement de Vichy ; plus généralement les tenants de la IVe République, qu'il jugeait responsables d’entretenir l’esprit d’abandon, le régime des partis et la déliquescence de l’Etat.

Plus révélateur encore de son état d’esprit : alors même qu'il était en pleine « traversée du désert », Charles de Gaulle usa de toute l’influence qui lui restait pour faire échouer le projet de Communauté Européenne de Défense (CED) en 1954. Il y parvint, grâce à une alliance de circonstance entre les députés qui étaient proches de lui et les députés communistes, en suscitant la réprobation ulcérée des Américains et du Vatican . C'est dire s’il était hostile à tout projet d’intégration européenne.

1958 – 1962 : deux raisons majeures pour ne pas dénoncer le traité de Rome

Lorsqu’il revint au pouvoir en 1958 dans le contexte de la paralysie des institutions de la IVe République et du drame algérien, Charles de Gaulle décida, il est vrai, de ne pas remettre en cause le traité de Rome, ratifié un an avant son retour aux affaires. Mais pourquoi cela ?

Pour deux raisons majeures, l’une plutôt stratégique et l’autre plutôt tactique, que le général analysa avec l’œil froid de l’excellent militaire qu'il était resté.

La première raison, c'est que la France était, de très, très loin, la puissance dominante de l'Europe des Six. Il suffit pour le comprendre de se replacer dans le contexte de 1958-1959 :

a)- la France possédait alors tout son empire colonial africain. Elle était donc, d’une façon écrasante, le pays le plus vaste de l’Europe des Six. C'en était aussi la seule grande puissance puisque la seule à détenir un siège de membre permanent au Conseil de Sécurité des Nations-Unies. C'était aussi le seul des six Etats dont la langue fût parlée sur tous les continents. Ajoutons que, le 13 février 1960, la France accrut encore prodigieusement sa singularité parmi les Six puisqu’elle en devint la seule puissance nucléaire, en réussissant sa première explosion atomique dans la région de Reggane.

b)- les trois pays du Benelux (Belgique, Pays Bas, Luxembourg) ne pesaient pas grand-chose, d'abord parce que ce sont trois petits pays, ensuite parce que le Royaume Uni (dont le Benelux est en quelque sorte l'hinterland naturel sur le continent) restait en dehors de la CEE.

c)- l'Allemagne était coupée en deux et demeurait un nain politique. Contrainte à la plus extrême discrétion après les atrocités nazies, elle était prête à payer bien des choses et à accepter bien des compromis pour tenter de redorer peu à peu sa réputation internationale.

d)- l'Italie, enfin, était un pays à moitié sous-développé, handicapé par la faiblesse de son Etat central, la grande pauvreté de son « Mezzogiorno », la fragilité de ses institutions, son peu de rayonnement diplomatique international et sa récente histoire fasciste. Comme l’Allemagne, elle appartenait au camp des vaincus de la Seconde Guerre mondiale et ne pouvait, déjà de ce fait, prétendre jouer les premiers rôles.

En 1958, Charles de Gaulle savait donc pertinemment que le rapport de force au sein de l’Europe des Six était outrageusement favorable à la France. Nous dominions les cinq autres Etats-membres du point de vue territorial, militaire, historique, politique, culturel, agricole, moral et international. Il n’y avait que dans le seul domaine économique, et plus spécialement industriel, que l’Allemagne de l’ouest faisait mieux. En outre, de Gaulle n’ignorait nullement que son propre prestige international était immense, et qu'il avait été encore renforcé par le rétablissement de l’autorité de l’Etat et la création de la Ve République.

L’ensemble de cette situation permettait de prendre son temps pour réfléchir à ce qu'il fallait faire du traité de Rome, ratifié quelques mois auparavant. Des décisions précipitées s’imposaient d'autant moins que la construction européenne n’en était qu'à ses balbutiements et qu'il était sage d’étudier l’affaire sous tous les angles avant de déterminer la suite à lui donner.

La deuxième raison, plus tactique que la précédente, pour laquelle de Gaulle temporisa, c'est que la France avait besoin d'unité nationale pour régler le drame algérien.


Arrivé au pouvoir en 1958 dans les conditions que l'on sait, Charles de Gaulle, tout « Homme du 18 juin » qu'il fut, n’en devait pas moins rallier à lui une majorité pour le soutenir. Telle est la règle de la démocratie. Or son parti, l'UNR devenu ensuite l'UDR, n'était pas majoritaire en voix dans le pays. L’élargissement de cette assise électorale était rendu d'autant plus impérieux qu'il fallait finir la
guerre d'Algérie, ce conflit dont le général savait qu'il était attisé en sous-main par les Russes et par les Américains contre la France. Il fallait couper court aux dérives politiques et militaires qui dressaient les Français les uns contre les autres et qui nous menaient tout droit à la guerre civile, comme en porta témoignage la tentative de putsch à Alger. Le soutien des communistes, inféodés à Moscou, et de la gauche étant exclu, Charles de Gaulle ne pouvait élargir sa majorité qu’en composant, nolens volens, avec le MRP et les démocrates-chrétiens pro-européens.

Pendant les 4 ans que dura cette période (du 13 mai 1958 jusqu'aux Accords d'Evian de 1962), de Gaulle n’avait donc pas les moyens politiques de heurter frontalement le MRP sur la question européenne. Ayant trop besoin d'unité nationale, il garda donc un profil bas sur ce sujet.

Mais, dès que la guerre d’Algérie fut finie, cette seconde raison perdit soudain de son importance. Charles de Gaulle prit alors à bras-le-corps la question européenne, sans plus s’embarrasser des états d’âme du MRP. La chronologie des événements en fournit la preuve : les Accords d’Evian furent signés le 18 mars 1962 et ratifiés par référendum le 8 avril. A peine cinq semaines après, le 15 mai, Charles de Gaulle mit les pieds dans le plat de la « construction européenne » lors d’une conférence de presse restée célèbre. Avec une justesse d’analyse réellement prophétique, il y dénonça publiquement l’Europe intégrée, et implicitement la puissance américaine qui en tirait les ficelles.

Le scandale international fut énorme et les députés MRP quittèrent le gouvernement sur-le-champ.
Une grandiose prise de judo géopolitique

En agissant ainsi, l’Homme du 18 juin avait été à la hauteur de son personnage et de son destin. Il ne lui en fallait pas moins, encore et toujours, disposer d’une majorité. Il lui fallait aussi ne pas paraître s’opposer brutalement au principe même d’une construction européenne ardemment soutenue – déjà !

- par une grande partie de la presse, ainsi que par l’église catholique, encore très influente à l’époque.

Il lui fallait donc trouver un moyen de libérer la France de l’instrument de domination américaine qu’était le projet d’Europe fédérale – il l’avait compris et il venait de le dénoncer publiquement – tout en donnant le sentiment de ne pas rejeter la construction européenne elle-même.

Quelques mois après cette retentissante conférence de presse, il exposa en confidence à Alain Peyrefitte cette singulière uadrature du cercle et le moyen qu'il avait trouvé pour y répondre habilement : « Nous avons procédé à la première décolonisation jusqu’à l’an dernier. Nous allons passer maintenant à la seconde. Après avoir donné l’indépendance à nos colonies, nous allons prendre la nôtre. L’Europe occidentale est devenue, sans même s'en apercevoir, un protectorat des
Américains. Il s'agit maintenant de nous débarrasser de leur domination »
.

L’idée grandiose sous-jacente était la suivante. Comme dans les arts martiaux, de Gaulle se proposait d’utiliser la force de l’adversaire contre lui-même. En retournant spectaculairement au profit de la grandeur de la France cette construction européenne que Washington avait justement conçue comme devant être l’instrument de sa vassalisation.

Par quel miracle ?

En transformant l’Europe des Six en une sorte de « glacis français », une zone d'influence française en Europe dont le but serait de s’« enfoncer comme un coin entre les deux Blocs », américain et soviétique, qui se partageaient le Vieux Continent depuis 1945.

De Gaulle n’avait pas oublié l’humiliation de Yalta : les Anglo-Américains d'un côté, les Russes de l’autre, et lui, l’incarnation de la France Libre, qui n’avait pas même été invité. L’Histoire lui offrait peutêtre une revanche qu'en bon stratège militaire il devait tenter de saisir : puisque la France était le plus puissant et le plus influent des Etats de l’Europe des Six, celle-ci pourrait devenir un démultiplicateur de puissance pour notre pays si les Cinq autres acceptaient de se ranger derrière elle.

Il ne s’agissait donc pas du tout de dissoudre la France pour faire l’Europe, oh certes pas !, mais au contraire d’utiliser la machinerie européenne pour refaire la grandeur de la France. Toujours taraudé par l’idée du Grand Siècle où toutes les cours d’Europe s’exprimaient en français et imitaient Versailles, Charles de Gaulle rêva de voir la France redevenir la « Grande Nation » en donnant le
« la » à l’Europe entière et en se hissant, ipso facto, au rang de « Troisième Grand », capable de tenir la dragée haute aux USA et à l'URSS...

> la suite sur le site d'UPR


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Re: L'Europe Française de deGaulle

Message par France Eternelle le Dim 1 Juin - 12:09

merci pour cette note trés instructive qui prouve une fois encore le génie du Général. CQFD

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Re: L'Europe Française de deGaulle

Message par France Eternelle le Dim 1 Juin - 12:10

PS : pouver vous preciser le sens du mot "hinterland"

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Re: L'Europe Française de deGaulle

Message par maxi le Dim 1 Juin - 12:14

le BENELUX hinterland de l'UK:

l'ile anglaise essaie désespérement de prendre pied sur le continent depuis des siecles, elle n'y parvint jamais, sauf aprés waterloo ou aprés la déroute de 1945, c'est une zone d'influence, un genre de poste avancé

d'aprés l'auteur de ce texte évidemment

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